En 2015, des fouilles dans la carrière de Schaudiberg, dans le Tithonien de la formation géologique de Mörnsheim (Bayern, Allemagne), mirent au jour un squelette de ptérosaure. Hone et ses collègues décrivent ainsi ce squelette comme l’holotype d’un nouveau taxon qu’ils baptisent Skiphosoura (« queue en épée », en référence à sa morphologie caudale courte et rigide), avec S. bavarica pour espèce.

L’holotype (LF 4157) de Skiphosoura bavarica est un squelette presque complet désarticulé auquel il manque seulement la partie postérieure du crâne, quelques vertèbres et quelques éléments métapodiaux. Contrairement à d’autres spécimens connus de la formation géologique de Mörnsheim, aucun tissu mou ne semble préservé sur LF 4157. D’après le degré de fusion osseuse de LF 4157, Hone et ses collègues l’interprètent comme un individu subadulte.

L’analyse phylogénétique de Hone et ses collègues place Skiphosoura dans une position dérivée au sein de Pterodactyliformes, plus dérivé que Changchengopterus mais plus basal que Douzhanopterus. Cette analyse est particulière car elle retrouve plusieurs clades monophylétiques traditionnels dans des positions paraphylétiques. Les Angustinaripterini et les Wukongopteridae forment un grade paraphylétique de pterodactylomorphes basaux. Selon Hone et ses collègues, ces résultats sont cohérents avec une évolution progressive du plan corporel basal des ptérosaures vers le plan corporel des pterodactyloidés.

Skiphosoura se caractérise par une petite crête prémaxillaire ornementée de rides, qui aurait probablement été surmontée d’une crête de tissus mous. Cette crête est similaire à celle de ses proches parents, comme par exemple Darwinopterus. Contrairement à ce dernier, la queue de Skiphosoura est bien plus courte et s’approche de la taille de la queue des pterodactyloidés. Hone et ses collègues remarquent que les membres de Skiphosoura sont particulièrement allongés, suggérant qu’il aurait eu tendance à être plus terrestre que les pterodactyliformes moins dérivés.

Skiphosoura était un ptérosaure de petite taille, mais de grandes dimensions pour un ptérosaure du jurassique supérieur, avec une envergure de 1,75 mètre. La dentition de Skiphosoura est conique, robuste et légèrement recourbée antérieurement. Cela suggère qu’il a pu se nourrir principalement d’invertébrés mais aussi parfois de poissons. Skiphosoura vivait à l’intérieur des terres, dans un archipel d’îles entourées d’une mer aux eaux relativement calmes. Il cohabitait avec des tortues, des crocodylomorphes thalattosuchiens, des sphenodontiens, des oiseaux et d’autres ptérosaures.

Référence : Hone, D.W.E.; Fitch, A.; Selzer, S.; Lauer, R.; Lauer, B., 2024, A new and large monofenestratan reveals the evolutionary transition to the pterodactyloid pterosaurs. Current Biology.
Toutes les images proviennent de Hone et al., 2024, à l’exception de la dernière qui est une oeuvre de Gabriel Ugueto