Nouveau mosasauridé : Megapterygius

En 2006, Akihiro Misaki découvrit une vertèbre caudale de mosasaure dans le Campanien-Maastrichtien de la formation géologique de Toyajo (Wakayama, Japon). Des fouilles sur le site de la découverte mirent au jour de nombreux autres éléments du squelette d’un mosasaure entre 2010 et 2011. En 2021, Ohara détailla le processus de la découverte et en 2023, Konishi et ses collègues mentionnèrent ce spécimen lors d’une conférence. Konishi et ses collègues décrivent ainsi ce squelette de mosasaure comme l’holotype du nouveau genre Megapterygius (« grandes nageoires »), avec M. wakayamaensis pour espèce.

Photographie de l’holotype (WMNH-Ge-1140240002) de Megapterygius wakayamaensis

L’holotype (WMNH-Ge-1140240002) de Megapterygius wakayamaensis est un squelette presque complet. Il se compose du crâne partiel, des vertèbres cervicales et dorsales, de quelques vertèbres caudales, de côtes, de la ceinture scapulaire, des membres antérieurs, du bassin partiel et du membre postérieur gauche. Il s’agit du spécimen de mosasaure le plus complet jamais découvert au Japon. Konishi et ses collègues notent la présence de lésions pathologiques au niveau de la mâchoire inférieure gauche. Ils suggèrent que ces lésions ont été causées par une morsure, mais n’explorent pas plus loin cette piste.

Photographies du dentaire gauche de l’holotype (WMNH-Ge-1140240002) de Megapterygius wakayamaensis, montrant des marques de lésions pathologiques, peut-être causées par une morsure (légendées lesions sur l’image)

L’analyse phylogénétique de Konishi et ses collègues classe Megapterygius comme un mosasauridé mosasauriné, en taxon-soeur d’un clade composé des genres Moanasaurus, Plotosaurus et Mosasaurus. Konishi et ses collègues notent de grandes similitudes entre Moanasaurus et Megapterygius, bien qu’ils ne soient pas taxons-soeur. Ce classement de Megapterygius suggère qu’il s’agit d’un membre basal de Mosasaurini, bien que Konishi et ses collègues ne l’aient pas précisé.

Résultats de l’analyse phylogénétique de Konishi et ses collègues, classant Megapterygius comme un mosasauriné en taxon-soeur d’un clade composé des genres Moanasaurus, Plotosaurus et Mosasaurus, en tant que Mosasaurini basal

Konishi et ses collègues remarquent plusieurs caractéristiques notables chez Megapterygius. Ils constatent la présence d’une variation de l’orientation des épines neurales des vertèbres dorsales postérieures. Une telle variation s’observe également chez les delphinoidés (groupe de cétacés incluant dauphins et marsouins), et témoigne de la présence d’une nageoire dorsale qui permet d’équilibrer le centre de gravité. Cette similitude semble donc indiquer que Megapterygius présentait lui aussi une nageoire dorsale, qui lui aurait permis d’améliorer sa stabilité lorsqu’il se déplaçait.

Comparaison des vertèbres dorsales postérieures du marsouin commun (Phocoena phocoena) et celles de Megapterygius, montrant chez eux la présence d’une variation de l’orientation des épines neurales, témoignant de l’existence d’une nageoire dorsale

Megapterygius présente également des membres modifiés en palettes natatoires, comme les autres Mosasaurini. La particularité de Megapterygius réside dans le fait que ses nageoires postérieures étaient plus grandes que sa tête. Un tel rapport de longueur n’avait jusque là jamais été rapporté chez les mosasaures, qui avaient jusque là au maximum des nageoires aussi grandes que la tête. De plus, Megapterygius présente des nageoires postérieures plus grandes que ses nageoires antérieures, alors que la condition est généralement inverse chez les mosasaures. Cette dernière particularité n’est partagée qu’avec le mosasauridé tylosauriné Tylosaurus.

Photographies d’un membre antérieur (à gauche) et d’un membre postérieur (à droite) de l’holotype (WMNH-Ge-1140240002) de Megapterygius wakayamaensis ; on remarque que le membre postérieur est plus grand

Les spécialisations de Megapterygius se rapprochent le plus de celles de Plotosaurus, qui est un autre Mosasaurini aux grandes nageoires. Tout comme Plotosaurus, Megapterygius présente une hyperphalangie avec au maximum 9 phalanges par doigt, et une colonne vertébrale rigide. Cette rigidité lui aurait permis d’être un nageur plus efficace et rapide, alors que l’hyperphalangie lui aurait permis d’augmenter la taille et la surface de ses nageoires, afin d’optimiser sa nage. Enfin, Konishi et ses collègues notent que les nageoires antérieures de Megapterygius étaient capables de mouvements amples, alors que ses nageoires postérieures étaient capables de rotation.

Photographies du bassin et du membre postérieur conservé de l’holotype (WMNH-Ge-1140240002) de Megapterygius wakayamaensis ; la morphologie de l’articulation du membre postérieur au bassin indique que les nageoires postérieures avaient une bonne efficacité de rotation

Les nombreuses particularités des nageoires de Megapterygius indiquent qu’il a pu utiliser ses nageoires antérieures pour des manœuvres rapides, alors que ses membres postérieurs auraient servi à freiner rapidement et à stabiliser sa nage. De plus, sa nageoire dorsale aurait contribué à une optimisation de cette stabilisation. Bien que celle-ci soit inconnue, Konishi et ses collègues supposent que Megapterygius se serait propulsé avec sa queue, car c’est le cas pour les autres mosasaures. Ce mode de nage très spécialisé a également pu être partagé avec Plotosaurus, même si Megapterygius semble plus spécialisé.

Reconstitution squelettique de Megapterygius, par Takumi

Megapterygius était un mosasauridé de taille moyenne, mesurant environ 6 mètres de longueur. Sa taille, son mode de nage précis et rapide ainsi que la construction gracile de ses mâchoires indiquent qu’il était spécialisé dans la capture de proies rapides et de taille assez petite. Megapterygius aurait vécu assez près des côtes, où se situaient les bancs de poisson par exemple. Etant donné qu’il s’agit du seul vertébré décrit de la formation géologique de Toyajo, son environnement reste encore méconnu.

Reconstitution du vivant de Megapterygius, par Takumi

Références : Konishi, T.; Ohara, M.; Misaki, A.; Matsuoka, H.; Street, H.P.; Caldwell, M.W., 2023, A new derived mosasaurine (Squamata: Mosasaurinae) from south-western Japan reveals unexpected postcranial diversity among hydropedal mosasaurs. Journal of Systematic Palaeontology. 21: 1, 2277921.

Ohara, M., 2021, Experiencing the finest mosasaur specimen from Japan, both at the museum and original excavation site. Earth Science (Chikyu Kagaku). 75(2): 147-150.

Konishi, T.; Ohara, M.; Misaki, A.; Matsuoka, H.; Street, H.P., 2023, A new derived mosasaurine (Squamata: Mosasaurinae) from southwestern Japan reveals unexpected postcranial diversity among flipper-bearing mosasaurs. Society of Vertebrate Paleolntology 83rd Annual Meeting. Program Guide: 251-252.

Toutes les images proviennent de Konishi et al., 2023a, à l’exception des deux dernières qui sont des oeuvres de Takumi

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