Triceratops est un genre emblématique de cératopsien chasmosauriné du Maastrichtien, présent dans une grande quantité de formations géologique du Canada et des Etats-Unis. Malgré la quantité de fossiles connus pour ce genre, plusieurs aspects de la paléobiologie de Triceratops restent flous. L’ontogenèse et l’ostéohistologie des ceratopsidés est très mal connue, et Triceratops ne fait pas exception. de Rooij et ses collègues étudient ainsi l’ostéohistologie de Triceratops, afin de mieux connaître le mode de croissance de ce genre, mais aussi celui des ceratopsidés en général.

de Rooij et ses collègues ont analysé un échantillon d’éléments des membres, de côtes et de vertèbres de Triceratops de plusieurs gammes de taille. Ils ont étudié l’ostéohistologie d’individus d’un lit d’os de Triceratops horridus dans le Maastrichtien de la formation géologique de Lance (Wyoming, Etats-Unis) et de spécimens de Triceratops cf. prorsus provenant du Maastrichtien de la formation géologique de Frenchman (Saskatchewan, Canada). Les spécimens de Triceratops étudiés par de Rooij et ses collègues présentent une évolution de la taille qui correspond à celle de leur ontogénie. Il en résulte que les individus les plus grands de Triceratops sont aussi les individus les plus âgés.

Au total, de Rooij et ses collègues ont identifié 8 stades de développement ontogénique pour Triceratops. Il s’agit des stades nouveau-né, jeune juvénile, vieux juvénile, jeune subadulte, vieux subadulte, adulte et adulte âgé. Toutefois, il est difficile de calculer l’âge des spécimens de Triceratops, car les lignes d’arrêt de croissance sur les os des membres sont difficiles à distinguer, notamment au niveau des premières années de la croissance. Ce cas se trouve également chez les grands sauropodes dérivés, et serait lié à des taux de croissance élevés. de Rooij et ses collègues notent que contrairement aux sauropodes dont l’âge peut se calculer grâce à l’ostéohistologie des côtes, les côtes de Triceratops préservent elles aussi très mal les lignes d’arrêt de croissance.

Tout comme les sauropodes dérivés, Triceratops aurait ainsi eu un mode de croissance continu, avec très peu d’arrêts de croissance. Triceratops présente une autre similitude ostéohistologique avec les sauropodes dérivés. de Rooij et ses collègues ont observé la présence d’un tissu osseux particulier dans les os longs de Triceratops. Il s’agit d’un tissu osseux fibrolamellaire à fibres parallèles, un type de tissu qui a déjà été décrit chez des titanosaures comme Ampelosaurus et Magyarosaurus. La présence de ce tissu osseux particulier est notable, mais est encore difficile à expliquer.

Des études précédentes ont suggéré que le centre de gravité des cératopsiens était situé dans une position assez antérieure de leur corps, à cause du poids de leur crâne très lourd. Selon cette théorie, il en résulterait que les membres antérieurs seraient plus sujets à une contrainte mécanique, et on y observerait donc plus de remodelage osseux. de Rooij et ses collègues ont constaté que chez Triceratops, le remodelage osseux était très important. Ils notent que les membres antérieurs présentent plus de remodelage osseux que les membres postérieurs à un même stade ontogénique. Cela confirme donc cette hypothèse que le centre de gravité des cératopsiens est situé dans une position assez antérieure de leur corps.

Etant donné le peu d’informations sur l’ostéohistologie des ceratopsidés, les donnés de de Rooij et ses collègues permettent d’en savoir plus sur l’évolution du mode de croissance des cératopsiens. Plusieurs caractéristiques ostéohistologiques de Triceratops sont relativement ancestrales, et se retrouvent déjà chez des cératopsiens basaux comme Koreaceratops ou Protoceratops. Un fort remodelage osseux s’observe déjà chez Psittacosaurus, et s’accentue au fil de l’évolution des cératopsiens. de Rooij et ses collègues constatent que tout au long de l’évolution des cératopsiens, une croissance de plus en plus continue a été développée, comme l’indique l’absence croissante de lignes d’arrêt croissance.

Référence : de Rooij, J.; Lucassen, S.A.N.; Furer, C.; Schulp, A.S.; Sander, P.M., 2023, Exploring the ceratopsid growth record: a comprehensive osteohistological analysis of Triceratops (Ornithischia: Ceratopsidae) and its implications for growth and ontogeny. Cretaceous Research. 105738.
Toutes les images proviennent de de Rooij et al., 2023 à l’exception de la première qui est une œuvre de Scott Hartman