Nouveau saurosphargidé : Prosaurosphargis

Il y a quelques années, le squelette partiel d’un sauropterygien fut découvert dans l’Olenekien de la formation géologique de Jialingjiang (Hubei, Chine). Wolniewicz et ses collègues le décrivent ainsi comme l’holotype d’un nouveau genre, qu’ils baptisent Prosaurosphargis (« avant Saurosphargis« ), avec P. yingzishanensis pour espèce.

Photographie de l’holotype (HFUT YZSB-19-109) de Prosaurosphargis yingzishanensis

L’holotype (HFUT YZSB-19-109) de Prosaurosphargis yingzishanensis est un squelette postcrânien partiel conservé sur 3 blocs. Il se compose de deux arcs neuraux cervicaux, d’un centrum dorsal et de sept arcs neuraux dorsaux, de quatre vertèbres dorsales/sacrales, de 11 vertèbres caudales, de côtes dorsales et cervicales, de gastralias, de chevrons, d’ostéodermes, de la scapula droite, du coracoïde droit, du coracoïde gauche partiel, des humérus, du radius droit, du bassin partiel et du membre postérieur gauche.

Reconstitution squelettique de Prosaurosphargis, avec en blanc les os connus de l’holotype

L’analyse phylogénétique réalisée par Wolniewicz et ses collègues a classé Prosaurosphargis au sein de Saurosphargidae. Leurs résultats ne s’accordent pas avec ceux des analyses récentes, puisque Atopodentatus est classé comme un placodontiforme basal, Hanosaurus comme un eosauropterygien basal et Pomolispondylus comme le taxon-soeur d’Eosauropterygia. Ainsi, les clades Saurosphargiformes et Sauropterygiformes ne sont pas retrouvés. Au contraire, Wolniewicz et ses collègues classent Eusaurosphargis dans un clade avec Palatodonta, formant le clade-soeur de Sauropterygia. Ils décident de baptiser Sauropterygomorpha le clade formé par ((Eusaurosphargis + Palatodonta) + Sauropterygia).

Résultats de l’analyse phylogénétique de Wolniewicz et ses collègues, classant Prosaurosphargis au sein de Saurosphargidae

Wolniewicz et ses collègues notent que Palatodonta pourrait être un synonyme junior d’Eusaurosphargis. En effet, le premier n’est connu que d’un crâne alors que le second est connu de bons restes postcrâniens mais de crânes fragmentaires. L’association de restes crâniens similaires à Palatodonta avec des restes postcrâniens similaires à Eusaurosphargis argumente en faveur de cette synonymie. Wolniewicz et ses collègues notent que seuls des restes plus complets permettront d’éclaircir le statut de ces deux taxons. Les résultats de Wolniewicz et ses collègues indiquent qu’une description détaillée de plusieurs genres de sauropterygiens basaux est nécessaire, tout comme la découverte de plus de spécimens. De cette manière, il sera possible d’arriver à un consensus sur la phylogénie de ce clade.

Arbre phylogénétique montrant les résultats de Wolniewicz et ses collègues, retrouvant le nouveau clade Sauropterygomorpha

Prosaurosphargis est connu par des restes relativement partiels, ce qui rend son écologie floue, notamment au niveau de son régime alimentaire puisque son crâne est inconnu. Il avait une morphologie robuste, avec une cage thoracique large et épaisse. Le corps de Prosaurosphargis était protégé par plusieurs rangées d’ostéodermes, mais cette armure est loin d’être aussi élaborée que celle d’autres saurosphargidés comme Sinosaurosphargis. Les ostéodermes de Prosaurosphargis ont pu lui servir de protection face aux prédateurs, mais aussi de lest pour nager plus facilement dans le fond marin.

Reconstitution du vivant de Prosaurosphargis

Prosaurosphargis était un saurosphargidé de taille moyenne, qui mesurait environ 1,5 mètre de longueur. Il chassait probablement près du fond de l’eau, en se nourrissant d’invertébrés à coquille et à exosquelette. Prosaurosphargis vivait dans une mer peu profonde en compagnie du sauropterygiforme Hanosaurus, des ichthyosauromorphes Chaohusaurus, Hupehsuchus et Eohupehsuchus, du saurosphargiforme Pomolispondylus, du nothosauridé Lariosaurus et du pachypleurosaure Keichousaurus.

Référence : Wolniewicz, A.S.; Shen, Y.; Li, Q.; Sun, Y.; Qiao, Y.; Chen, Y.; Hu, Y.-W.; Liu, J., 2023, An armoured marine reptile from the Early Triassic of South China and its phylogenetic and evolutionary implications. eLife. 12: e83163.

Toutes les images proviennent de Wolniewicz et al., 2023

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