En terme de traitement de la nourriture, les hadrosauridés sont des dinosaures particulièrement innovants avec notamment une batterie dentaire combinée à une kinésie crânienne qui leur permettait de « mâcher » leur nourriture. Toutefois leurs stratégies de recherche de nourriture sont moins connues. Dans de nombreux écosystèmes, plusieurs hadrosauridés ont cohabité et cela suggère une partition des niches écologiques. Takasaki et Kobayashi ont ainsi réalisé une étude des caractères morphométriques ainsi que sur l’environnement de fossilisation de plusieurs hadrosauridés pour déterminer leur spécialisation alimentaire.

Takasaki et Kobayashi signalent que la forme du bec des hadrosauridés ne change pas au cours de l’ontogénie ni en fonction de l’environnement, mais en fonction de la sous-famille. Des études ont déjà été menées pour comparer les becs des hadrosaurinés et des lambeosaurinés mais les résultats divergent en fonction de la méthode d’analyse employée. En analysant la forme du bec, Takasaki et Kobayashi ont constaté que les hadrosauridés ont une morphologie plus adaptée pour une alimentation en vrac de nutriments à faible valeur nutritive. Les lambeosaurinés quand à eux ont une morphologie adaptée à une alimentation choisie avec soin à haute valeur nutritive. Toutefois, l’évolution des hadrosauridés vers un plan corporel toujours plus grand suggère une tendance à évoluer vers une alimentation en masse. Mais pour un hadrosauriné et un lambeosauriné de même taille, l’hadrosauriné se sera nourri de manière beaucoup moins sélective que le lambeosauriné.

Au niveau de la morphologie générale, Takasaki et Kobayashi ont remarqué de légères différences de caractères pour la locomotion, suggérant des différences légères de préférences d’habitat. Ainsi les hadrosaurinés semblent être mieux adaptés à des terrains en pente que les lambeosaurinés, mais fondamentalement, les deux sous-familles partageaient souvent le même environnement. Les deux groupes étaient des quadrupèdes mais la morphologie des membres suggère qu’ils pouvaient passer temporairement en position bipède, notamment pour accéder à de la nourriture en hauteur. Les juvéniles quand à eux ont pu changer beaucoup plus facilement de position, pour accéder au plus grand nombre de végétaux possible. Les hadrosauridés vivant dans un environnement côtier présentaient quand à eux des membres antérieurs plus courts que les hadrosauridés terrestres, indiquant des stratégies de locomotion/alimentation différentes en fonction de l’écosystème.

Ces différences entre les hadrosaurinés et les lambeosaurinés ont pu permettre leur coexistence grâce à des stratégies d’alimentation différentes. On peut notamment prendre comme exemple l’écosystème de la formation géologique de Dinosaur Park avec 5 espèces d’hadrosauridés présentes.
Référence : Takasaki, R.; Kobayashi, Y., 2022, Beak morphology and limb proportions as adaptations of hadrosaurid foraging ecology. Cretaceous Research. 105361
Toutes les images proviennent de Takasaki et Kobayashi, 2022