Analyse du crâne de Mesosuchus

Mesosuchus est un genre d’archosauromorphe rhynchosaure décrit en 1912 par Watson, avec M. browni pour espèce. Il est connu de quatre spécimens (l’holotype SAM 5882 et les spécimens référés SAM 6046, SAM 6536 et SAM 7416), découverts dans l’Anisien de la formation géologique de Burgersdorp (Eastern Cape, Afrique du Sud). Mesosuchus a fait l’objet d’une étude détaillée en 1998 par Dilkes, mais celle-ci n’avait pas bénéficié de l’apport des nouvelles technologies telles que le scan CT. Foster et ses collègues étudient ainsi l’anatomie crânienne de Mesosuchus à l’aide de scans du spécimen le plus complet.

Position phylogénétique de Mesosuchus au sein de Rhynchosauria

Foster et ses collègues ont réalisé le scan CT du crâne du spécimen SAM-PK-6536 de Mesosuchus browni. Cela leur a permis d’étudier chaque os en détail, mais aussi de visualiser les structures crâniennes internes. Foster et ses collègues mettent ainsi en évidence la présence d’un système de cavités crâniennes correspondant à un système chimiosensoriel de vomerolfaction. Ce système est présent chez de nombreux vertébrés mais est absent chez la plupart des archosauromorphes, y compris les archosaures ou encore les rhynchosaures dérivés.

Scan CT du crâne du spécimen SAM-PK-6536 de Mesosuchus browni

Le système chimiosensoriel de vomerolfaction permet de détecter des molécules telles que les phéromones. Il est notamment utilisé par les vertébrés pour la chasse de proies, la sélection sexuelle ou encore la communication intraspécifique. Un comportement fouisseur a été suggéré pour Mesosuchus, ce qui indiquerait que son système chimiosensoriel de vomerolfaction lui aurait permis de se nourrir dans le sous-sol. Toutefois, ce système a pu avoir d’autres rôles de communication impossible à connaître.

Scan CT du crâne du spécimen SAM-PK-6536 de Mesosuchus browni en vue médiale, montrant le septomaxillaire (smx, en violet) dans lequel passe le système chimiosensoriel de vomerolfaction

Foster et ses collègues remarquent que le mode d’attachement dentaire de Mesosuchus est particulier. En effet, celui-ci est intermédiaire entre la condition thécodonte (chaque dent implantée par des tissus mous dans une alvéole peu profonde) des archosauromorphes basaux et la condition ankylothécodonte (chaque dent implantée par ankylose dans une alvéole peu profonde) des rhynchosaures dérivés. Les dents de Mesosuchus sont presque implantées par ankylose (soudées à l’alvéole) mais ont encore un léger espace entre la dent et l’os de l’alvéole, probablement occupé par des tissus mous parodontaux du vivant de l’animal.

Scan CT des mâchoires du spécimen SAM-PK-6536 de Mesosuchus browni, montrant le petit espace entre les dents et l’os des alvéoles dentaires (cercle en jaune)

L’analyse de l’attachement dentaire de Mesosuchus permet donc de comprendre comment est apparue la condition ankylothécodonte des rhynchosaures dérivés. Foster et ses collègues notent que Mesosuchus ne possède pas de dents de remplacement. Ainsi, il gardait la même dentition toute sa vie, ce qui est une condition dite monophyodonte. Cette condition semble ainsi trouver son origine à la base de Rhynchosauria.

Références : Foster, W.; Gensbigler, P.; Wilson, J.D.; Smith, R.M.H.; Lyson, T.R.; Bever, G.S., 2024, Cranial anatomy of the Triassic rhynchosaur Mesosuchus browni based on computed tomography, with a discussion of the vomeronasal system and its deep history in Reptilia. Zoological Journal of the Linnean Society. 201(4): zlae097.

Toutes les images proviennent de Foster et al., 2024

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