Les ichthyosauromorphes sont un groupe de sauropsides qui ses sont secondairement adaptés à la vie marine. La plupart des vertébrés secondairement adaptés à la vie marine ont des nageoires avec des doigts reliés et enveloppés par des tissus mous. La particularité des ichthyosauromorphes est qu’en plus de ces tissus mous, les doigts sont liés par des connexions osseuses supplémentaires, fermant ainsi l’espace entre les doigts. Il en résulte que leurs nageoires sont très compactes, homogènes et hydrodynamiques. Fernández et ses collègues analysent ainsi l’évolution des nageoires des ichthyosauromorphes.

Fernández et ses collègues ont réalisé une analyse morphométrique comparant les connexions osseuses des éléments des nageoires de 17 spécimens d’ichthyosauromorphes appartenant aux genres Hupehsuchus, Nanchangosaurus, Mixosaurus, Macgowania, Temnodontosaurus, Ichthyosaurus, Hauffiopteryx, Stenopterygius, Chacaicosaurus, Ophthalmosaurus, Aegirosaurus, Cryopterygius, Undorosaurus, Brachypterygius, Caypullisaurus, Myobradypterygius et Platypterygius. Ils ont a la fois comparé ces ichthyosauromorphes entre eux, ainsi qu’avec d’autres groupes de vertébrés à nageoires.

Les résultats de l’analyse de Fernández et ses collègues montre tout d’abord que parmi les vertébrés à nageoires, les ichthyosauromorphes se distinguent par l’homogénéité et le nombre de leurs connexions osseuses. Elle révèle aussi que les premiers membres de ce groupe, comme les hupehsuchiens, avaient les doigts plus libres avec moins de connexions osseuses. Les ichthyosauromorphes ont donc évolué vers des nageoires de plus en plus homogènes, avec des doigts de plus en plus resserrés et avec de plus en plus de connexions osseuses.

Cette analyse révèle également qu’au sein même d’Ichthyosauria, il existe une grande diversité de morphologies de nageoires malgré leur similitude globale. En effet, certains d’entre eux, comme Chacaicosaurus, Hauffiopteryx, Brachypterygius et Ophthalmosaurus, ont des phalanges moins connectées, rendant leurs nageoires plus hétérogènes. D’autres genres comme Ichthyosaurus et Caypullisaurus ont des connexions réparties presque uniformément, ce qui donne une nageoire très homogène.

Il existe des cas particuliers comme Temnodontosaurus, qui présente seulement trois doigts principaux bien connectés entre eux, rendant ses nageoires plus complexes. Platypterygius et Myobradypterygius ont des phalanges très nombreuses et serrées entre elles, rendant leurs nageoires extrêmement homogènes. D’autres ichthyosaures se caractérisent par la possession d’articulations multiaxiales supplémentaires au niveau de l’humérus chez Platypterygius et Sumpalla par exemple. Ces articulations multiaxiales auraient permis des mouvements subtils au sein même de la nageoire, changeant le bord d’attaque et améliorant la maniabilité, à la manière de l’alula des oiseaux.

Les nageoires sont indispensables à la direction et aux manœuvres lors de la locomotion chez les ichthyosauromorphes. Pour Fernández et ses collègues, des caractéristiques telles que l’homogénéité, le resserrement des doigts, la longueur et le nombre de doigts ou encore le nombre de connexions au sein des doigts sont des facteurs de différenciation du mode de nage. Il en résulte que leur compréhension permettrait de mieux comprendre la partition de niche écologique chez les ichthyosauromorphes.
Références : Fernández, M.S.; Campos, L.; Manzo, A.; Vlachos, E., 2024, Bone Connectivity and the Evolution of Ichthyosaur Fins. Diversity. 16: 349.
Qiao, Y.; Motani, R.; Iijima, M.; Liu, J., 2023, A new hupehsuchian (Reptilia: Ichthyosauromorpha) from the Lower Triassic of South China with implications for the evolution of polydactyly. Journal of Vertebrate Paleontology.
Toutes les images proviennent de Fernández et al., 2024, à l’exception de la troisième qui provient de Qiao et al., 2023