En 1972, Rupert Wild découvrit un bloc contenant un squelette désarticulé dans la carrière de Kössig, dans l’Anisien de la formation géologique de Röt (Baden-Württemberg, Allemagne). Pendant longtemps, le spécimen resta dans les collections du SMNS sans être préparé, rendant impossible toute description. Sa préparation récente par I. Rosin permet ainsi à Sues et ses collègues de le décrire comme l’holotype d’un nouveau taxon, qu’ils baptisent Marcianosuchus (en référence à Marciana silva, le nom latin de la Forêt Noire), avec M. angustifrons pour espèce.

L’holotype (SMNS 91318) de Marcianosuchus angustifrons est un squelette partiel désarticulé composé du crâne partiel, de plusieurs vertèbres cervicales, dorsales, sacrales et caudales, de côtes, de gastralias, des scapulas, des coracoïdes, des humérus, de l’ilium droit partiel, de l’ischium droit, des pubis, des fémurs, d’un tibia partiel, de la fibula gauche partielle, d’éléments des pieds et des mains, d’ostéodermes et de fragments non identifiés. Sues et ses collègues identifient SMNS 91318 comme un individu subadulte sur la base de la fusion de ses os et de sa taille corporelle.

L’analyse phylogénétique de Sues et ses collègues classe Marcianosuchus comme un archosauriforme eucrocopode, dans une polytomie comprenant les phytosaures, les euparkeriidés, les archosaures et Dorosuchus. Pour Sues et ses collègues, Marcianosuchus est un eucrocopode basal qui présente une mosaïque de caractères mais qui est également trop incomplet pour que son classement soit précisé.

Les ostéodermes de Marcianosuchus ressemblent le plus aux ostéodermes des phytosaures, tout en leur étant légèrement différents. La morphologie générale de Marcianosuchus est très similaires à celle des euparkeriidés, notamment au niveau de la proportion de ses membres, de son crâne proportionnellement grand et de ses vertèbres dorsales courtes. Sues et ses collègues interprètent Marcianosuchus comme un animal principalement quadrupède, comme les euparkeriidés.

Bien que les dents de Marcianosuchus soient mal préservées, il est possible de supposer son écologie alimentaire sur la base des euparkeriidés. Marcianosuchus aurait ainsi été un prédateur rapide de petits vertébrés, mais aussi la proie de prédateurs plus gros. En effet, Sues et ses collègues estiment que l’holotype de Marcianosuchus aurait mesuré 1,5 mètre de longueur, suggérant une taille adulte légèrement plus grande. Il vivait dans une région côtière parcourue par un grand fleuve, en compagnie d’archosauriformes indéterminés, de procolophonidés, de ctenosauriscidés, du tanystropheidé Amotosaurus et de temnospondyles.
Référence : Sues, H.-D.; Spiekman, S.N.F.; Schoch, R.R., 2024, Osteology and phylogenetic relationships of a new archosauriform reptile from the Middle Triassic (Anisian) of Germany. Journal of Vertebrate Paleontology. 44: e2357326.
Toutes les images proviennent de Sues et al., 2024