Tarjadia est un archosauromorphe archosauriforme erpetosuchidé décrit en 1998 par Arcucci et Marsicano, avec T. ruthae pour espèce. Son holotype (PULR-V 063) est un squelette fragmentaire découvert dans le Ladinien-Carnien de la formation géologique de Chañares (La Rioja, Argentine). Arcucci et Marsicano lui ont référé un crâne partiel (MCZ 9319) et 4 ostéodermes associés (MCZ 4076). En 2016, Ezcurra a référé un fémur gauche partiel associé à des fragments d’ostéodermes (MCZ 4077) à T. ruthae. Ce spécimen avait été auparavant référé à Luperosuchus par Romer en 1971.

En 2017, Ezcurra et ses collègues ont référé de nombreux spécimens à T. ruthae : 6 squelettes plus ou moins complets (CRILAR-Pv 477, CRILAR-Pv 478, CRILAR-Pv 479, CRILAR-Pv 565, CRILAR-Pv 564 et CRILAR-Pv 566) et un crâne complet (CRILAR-Pv 495). Ils ont pu donner un bien meilleur diagnostic pour Tarjadia ruthae, sans toutefois entrer dans les détails anatomiques. Desojo et ses collègues décrivent ainsi en détail l’anatomie crânienne et la paléoneurologie de Tarjadia. De plus, ils lui réfèrent de nouveaux spécimens, permettant d’améliorer encore notre connaissance de son anatomie.

Les spécimens référés à Tarjadia ruthae par Desojo et ses collègues sont 6 fragments d’ostéodermes associés (CRILAR-Pv 463b) et un squelette fragmentaire (CRILAR-Pv 95) composé d’un articulaire, d’une phalange unguéale, de fragments de côtes et d’ostéodermes. Desojo et ses collègues notent que le spécimen MCZ 4076, décrit par Arcucci et Marsicano (1998), comprend également un fragment de mâchoire et un centrum en plus des ostéodermes. MCZ 4076 avait lui aussi été initialement référé à Luperosuchus en 1971 par Romer.

Desojo et ses collègues décrivent en détail l’anatomie crânienne de Tarjadia ruthae, mettant en évidence de nombreuses caractéristiques distinctives. Son crâne est très épais et présente une morphologie robuste, avec un toit crânien très ornementé et un museau assez court. Comme les autres erpetosuchidés, ses dents maxillaires se limitent à la partie antérieure du maxillaire. Les dents de Tarjadia indiquent que c’était un prédateur carnivore, capable de se nourrir de vertébrés.

Desojo et ses collègues ont passé le crâne du spécimen CRILAR-Pv 478 au scanner CT, ce qui a permis une modélisation en 3D du spécimen. Sur la base de cette modélisation, il leur a été possible de reconstruire son endocrâne. En effet, chez les sauropsides, le cerveau ne remplit pas l’ensemble de la boîte crânienne, c’est pourquoi le terme d’endocrâne lui est préféré. A partir de l’endocrâne de CRILAR-Pv 478, une reconstitution du cerveau de Tarjadia a ainsi été possible.

Les caractéristiques neuroanatomiques de Tarjadia permettent à von Baczko et ses collègues d’en savoir plus sur sa paléobiologie. Tarjadia avait un flocculus de petite taille, indiquant qu’il était modérément agile et qu’il pouvait suivre ses proies du regard, mais que ses proies n’étaient pas très rapides. Ses lobes optiques sont réduits, suggérant que sa vue n’était pas très bonne. Desojo et ses collègues ne déterminent pas les capacités olfactives de Tarjadia. En revanche, ils constatent que son oreille interne est adaptée pour discriminer des sons différents, indiquant que Tarjadia avait une bonne ouïe.

Tarjadia était un prédateur terrestre de taille moyenne, mesurant environ 3 mètres de longueur. Son armure d’ostéodermes recouvrait une grande partie de son corps, et son crâne était renforcé, ce qui constituait une protection face aux prédateurs plus grands. Sur la base de sa neuroanatomie, Tarjadia aurait été un chasseur actif, mais dont les proies n’étaient pas très agiles et facilement repérables. Il vivait dans des plaines inondables au climat semi-aride à subhumide, en compagnie du rhynchosaure Elorhynchus, du Loricata Luperosuchus, d’archosauriformes basaux et de cynodontes.

Références : Desojo, J.B.; von Baczko, M.B.; Ezcurra, M.D.; Fiorelli, L.E.; Martinelli, A.G.; Bona, P.; Trotteyn, M.J.; Lacerda, M., 2024, Cranial osteology and paleoneurology of Tarjadia ruthae: An erpetosuchid pseudosuchian from the Triassic Chañares Formation (late Ladinian-?early Carnian) of Argentina. The Anatomical Record.
Arcucci, A.; Marsicano, C.A., 1998, A distinctive new archosaur from the Middle Triassic (Los Chañares Formation) of Argentina. Journal of Vertebrate Paleontology. 18(1): 228-232.
Ezcurra, M.D., 2016, The phylogenetic relationships of basal archosauromorphs, with an emphasis on the systematics of proterosuchian archosauriforms. PeerJ. 4: e1778.
Romer, A.S., 1971, The Chañares (Argentina) Triassic reptile fauna. VIII. A fragmentary skull of a large thecodont, Luperosuchus fractus. Breviora. 373: 1-8.
Ezcurra, M.D.; Fiorelli, L.E.; Martinelli, A.G.; Rocher, S.; von Baczko, M.B.; Ezpeleta, M.; Taborda, J.R.A.; Hechenleitner, E.M.; Trotteyn, M.J.; Desojo, J.B., 2017, Deep faunistic turnovers preceded the rise of dinosaurs in southwestern Pangaea. Nature Ecology and Evolution. 1: 1477-1483.
Toutes les images proviennent de Desojo et al., 2024