En 2000, Rudi Dortangs découvre un squelette partiel d’oiseau (NHMM RD 271) du Maastrichtien de la formation géologique de Maastricht (Liège, Belgique). En 2002, Dyke et ses collègues rapportent la découverte et le considèrent alors comme un Ornithurae indéterminé, proche d’Ichthyornis mais trop incomplet pour recevoir son propre genre. Selon Dyke et ses collègues, NHMM RD 271 se compose de de fragments crâniens, d’une dents, de trois vertèbres dorsales, de l’humérus droit partiel, de l’ulna droit partiel, d’une scapula partielle, du coracoïde droit, d’un tarsométatarsien partiel et d’un tarse partiel.

Benito et ses collègues réétudient ainsi ce spécimen, réévaluant certaines des identifications faites par Dyke et ses collègues, et le désignent comme l’holotype du nouveau genre Janavis avec pour espèce J. finalidens.

Pour accéder à l’entièreté des fossiles du spécimen et pour en avoir de meilleurs détails, Benito et ses collègues l’ont passé au scanner CT. Selon eux, l’holotype (NHMM RD 271) de Janavis finalidens se compose d’une dent, d’un ptérygoïde, de six vertèbres cervicales, de sept vertèbres dorsales, de six côtes, d’une scapula gauche, de l’humérus gauche quasi complet, d’une phalange manuelle II-1, d’un fragment de fémur et d’une phalange pédale.

L’analyse phylogénétique de Benito et ses collègues a retrouvé Janavis dans une position de taxon-soeur d’Ichthyornis au sein des Ichthyornithes, un clade basal d’Ornithurae. Cette position phylogénétique permet de rendre plurigénérique le clade des Ichthyornithes, celui-ci n’étant jusque là composé que d’Ichthyornis. D’après ces résultats, il est même tout à fait envisageable de considérer Janavis comme un ichthyornithidé, bien que ce terme ne soit jamais employé par Benito et ses collègues.

Janavis se caractérise par un os ptérygoïde présentant une morphologie presque identique à celle des Neognathes et plus particulièrement des Galliformes. La morphologie de cet os du palais suggère que tout comme les Neognathes, Janavis était capable de kinésie crânienne. Cette similitude a poussé Benito et ses collègues à penser que la morphologie du palais de Janavis mais aussi des Neognathes était la morphologie ancestrale du palais des Ornithurae. Benito et ses collègues signalent également que Janavis possédait un squelette beaucoup plus pneumatisé qu’Ichthyornis. Malgré 20 millions d’années qui séparent Janavis d’Ichthyornis, ces deux genres se ressemblent beaucoup et ne présentent que des différences mineures, pour la plupart en lien avec la plus grande taille de Janavis.

Janavis était un ichthyornithiforme massif et grand, pesant 1,5 kilogrammes contre 490 grammes pour le plus grand spécimen d’Ichthyornis connu. C’était un prédateur côtier, chassant en surface poissons et invertébrés marins. La présence de dents combinée à une kinésie crânienne (permettant une grande mobilité des mâchoires) devait faire de lui un prédateur redoutable. Janavis vivait à la toute fin du crétacé en compagnie d’autres oiseaux, de l’abelisauridé Betasuchus, de l’hadrosauroidé Orthomerus, de nombreux mosasaures et de tortues.

Références : Benito, J.; Kuo, P.-C.; Widrig, K.E.; Jagt, J.W.M.; Field, D.J., 2022, Cretaceous ornithurine supports a neognathous crown bird ancestor. Nature. 612: 100–105.
Dyke, G. J.; Dortangs, R.W.; Jagt, J.W.M.; Mulder, E.W.A.; Schulp, A.S.; Chiappe, L.M., 2002, Europe’s last Mesozoic bird. Naturwissenschaften. 89: 408–411.
Toutes les images proviennent de Benito et al., 2022 à l’exception de la première qui se compose d’une figure de Dyke et al., 2002 et d’une photographie de Juan Benito et Daniel Field, et de la dernière qui est une œuvre de Phillip Krzeminski